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	<title>En Beauté</title>
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	<description>Le blog de Diastème</description>
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		<title>Cinq minutes</title>
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		<pubDate>Mon, 14 May 2012 21:09:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[“Vous pouvez me garder la place cinq minutes ?” C’est une dame d’une cinquantaine d’années qui me demande, m’apostrophe dans la rue, tandis que je rentre chez moi avec un sac de courses. Il est 20h. Je suis allé faire des courses pour me changer <a href="http://www.diasteme.net/2012/05/14/cinq-minutes/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/05/Boxing-4-2.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-3362" title="Boxing-4-2" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/05/Boxing-4-2-300x208.jpg" alt="" width="300" height="208" /></a>“Vous pouvez me garder la place cinq minutes ?” C’est une dame d’une cinquantaine d’années qui me demande, m’apostrophe dans la rue, tandis que je rentre chez moi avec un sac de courses. Il est 20h. Je suis allé faire des courses pour me changer les idées, je suis furieux, contre moi et contre le monde, je suis en colère, je pourrais me battre.</p>
<p>“C’est que j’ai mon coffre à décharger, elle me dit, et que la seule place que j’ai trouvée est vraiment très très loin, avec le petit c’est compliqué…” Elle tient un enfant dans ses bras, un petit garçon de deux ans, qui me regarde, fixement, avec le sérieux des enfants. Je ne l’avais même pas remarqué.</p>
<p>Je… ne sais pas, madame… non, ne m’adressez pas la parole, je ne suis pas d’humeur, je suis en colère, je pourrais me battre, François Hollande est président de la république, Nicolas Sarkozy est battu, quel bonheur, oui, mais il a suffi d’une semaine, et voilà, vous comprenez, je pourrais me battre, alors que cela fait des années que je ne me bats plus, que je suis contre l’idée de se battre, que je ne regarde même plus la boxe, sport de blaireaux, comment même ai-je pu aimer ça, je regrette tellement, si vous saviez…</p>
<p>“Je vous embête, excusez-moi, sans doute êtes-vous un peu pressé, mais là je suis à bout d&#8217;idées, c’est un service que je demande…” Je vois la dame, elle n’est pas belle, elle porte des grosses lunettes, et cet enfant, son petit-fils sans doute, tellement sérieux… Allez-y, madame, je réponds, je reste là.</p>
<p>Je descends du trottoir, me mets au milieu des voitures, avec mon sac de courses. Je garde la place. La dame me remercie et s’en va, avec cet enfant dans les bras, qui ne m’a même pas souri, elle va rechercher sa voiture, pouvoir la garer devant chez elle, rue Gounod, et moi je lui garde sa place. Cinq minutes.</p>
<p>Quand je suis allé voter, la deuxième fois, au 18 rue Ampère, à Paris, dans le 17<sup>ème</sup> arrondissement, j’ai dû faire quelque temps la queue. Je voyais dans les isoloirs – moi je n’y suis pas allé, pris un bulletin Hollande, l’ai plié dans l’enveloppe, me suis mis dans la queue… Sur les tablettes des isoloirs, donc, il n’y avait que des bulletins Hollande, laissés avec ostentation, pour bien montrer que dans le 17<sup>ème</sup>, monsieur, on ne votait pas Hollande.</p>
<p>Cette dame n’avait pas dû voter Hollande, mais elle avait besoin d’un service. Un mec de gauche pouvait lui rendre, un mec de gauche lui a rendu. Si je n’avais pas été en colère, j’aurais pu tenter ce deal-là : je vous garde la place, oui, mais vous me jurez de voter socialiste aux prochaines élections. Perdue comme elle était, en panique, peut-être aurait-elle accepté, mais j’étais vraiment en colère, et je ne suis pas ce genre de type.</p>
<p>Ces cinq minutes ont été longues, peut-être ont-elles même duré dix, je n’ai pas regardé ma montre. J’ai envoyé un texto à mon Tioum, je me souviens, puis j’ai simplement attendu, que les minutes passent, en me disant que j’étais un gentil, un bon gars, un gros con, le genre de mec qui rend service.</p>
<p>La dame a fini par revenir, conduisant sa voiture, avec son petit-fils à l’arrière. Je n’y connais rien en voiture, mais ce n’était pas genre une Jaguar, c’était une voiture genre voiture, un peu grise et pas belle. Elle a baissé la vitre et m’a fait un sourire, un vraiment beau sourire, et elle m’a dit : “Merci beaucoup.”</p>
<p>Je ne sais plus ce que j’ai répondu, mais sans doute : “Bonne soirée. De rien.” Et puis je suis reparti, avec mon sac de courses. Un gros con. Un gentil. Le genre de mec qui rend service.</p>
<p>J’ai descendu la rue Gounod, et puis j&#8217;ai pris la rue de Prony. Ai pensé que ma grand-mère, à Nice, il y a longtemps, habitait rue Gounod, le quartier des musiciens. Depuis quelques semaines, ma sœur m’envoie des textos avec des expressions de ma grand-mère, pour savoir si je m’en souviens, pour que je lui confirme – ma grand-mère était espagnole et pied-noire, avait un vrai langage, plein d’expressions bizarres, un pataouï absurde, romanesque, que ma sœur tente de ressusciter, avec l’aide de mon père. Les trois-quarts du temps je me souviens, presque tout.</p>
<p>Je rentre chez moi, j’ai du travail, je ne peux plus être en colère, je ne dois plus être gentil. La dame a déchargé ses courses, elle est sans doute rentrée chez elle. Il faut que je l&#8217;oublie.</p>
<p>Dans la première version des “Papas et des mamans”, il y avait une histoire qui s’appelait “Le Sousto” – je crois que ma sœur ne le sait pas, je lui raconte là… Pour une raison qui m’échappe aujourd’hui, je l’ai retirée de la version publiée… Avoir <em>le sousto</em> était une expression de ma grand-mère, cela voulait dire <em>avoir peur…</em></p>
<p>Je sais de quoi j’ai peur, je ne suis plus en colère, et puis François Hollande est président de la République.</p>
<p>Alors voilà. Tout va bien. Si.</p>
<p><em>ADDENDUM/ Bientôt.</em></p>
<p><em>PS/ J&#8217;ai écrit, il y a longtemps, un texte sur Mike Tyson, mon vieil ami. Voir photo. Il faudrait que je le relise. Pas sûr d&#8217;en retirer un mot.</em></p>
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		<title>Highway to hell</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Apr 2012 11:39:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il était 1h46 du matin, j’étais assis sur mon lit, dans ma chambre, je cherchais un titre. Chercher un titre est un exercice périlleux, il ne faut pas avoir peur, peur d’en trouver des mauvais, du mauvais souvent nait le bon, comme dans tout <a href="http://www.diasteme.net/2012/04/27/highway-to-hell/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/04/r813058_7287492.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-3337" title="r813058_7287492" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/04/r813058_7287492-300x193.jpg" alt="" width="300" height="193" /></a>Il était 1h46 du matin, j’étais assis sur mon lit, dans ma chambre, je cherchais un titre. Chercher un titre est un exercice périlleux, il ne faut pas avoir peur, peur d’en trouver des mauvais, du mauvais souvent nait le bon, comme dans tout ma bonne dame. Je notais des mauvais titres sur un bloc-notes, je regardais des machins sur l’iPad, des machins liés à mon sujet, je n’avais pas du tout sommeil mais le poids des heures m’assommait. Je tanguais immobile, bientôt je sombrerai.</p>
<p>Les idées viennent en dormant, j’ai toujours cru en ça – <em>j’y crois donc je l’espère</em>, fulgurances et structures, sommeil en trois parties. J’ai éteint la lumière, posé iPad et bloc-notes sur la pile de bouquins, dessus la “<em>Vie de Tolstoi”</em> signée Romain Rolland, j’ai fermé mes paupières, et puis AC/DC est entré dans la chambre, <em>Highway to Hell</em> précisément, comme si quelque alpiniste avait grimpé mes six étages par la pente extérieure de l’immeuble, pour venir déposer derrière mes volets clos deux grosses enceintes de rave-party, “C’est bon, Kevin ! Envoie la sauce !” et paf, <em>Highway to Hell</em> à donf – et quand je dis <em>à donf</em>, permettez-vous de me croire, je dis à donf.</p>
<p>Je vis dans un quadrilatère du 17<sup>ème</sup> arrondissement où la dernière fois que quelqu’un a mis de la musique <em>à donf</em> à 1h46 du matin cela devait être du Yvette Horner le soir de la victoire de Valéry Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle. Et encore, cinq minutes, juste pour faire les guedins.</p>
<p>Ce n’est pas sur<em>hype</em> comme quartier, on y dort bien.</p>
<p>J’ai rallumé la lumière, cherché à deviner. Le son ne venait pas de mon immeuble, d’un des immeubles en face, dans la cour, qui donnait sur la rue de Courcelles. J’ai entendu des rires, des cris, une fête, une fête qui démarrait avec AC/DC à 1h46 du matin, aucun bruit préalable, surpatte improvisée, thème hardeux, un jeudi… Cela n’avait aucun sens.</p>
<p>Je ne suis pas pour que tout ait du sens, je sais qu’on ne sait pas le quart des choses, que le mystère est lié à la vie, mais croire qu’un jour j’allais entendre <em>Highway to Hell</em> aussi fort dans cette cour à 1h46 du matin un jeudi m’aurait semblé aussi incongru qu’affirmer que Jacques Cheminade allait être élu au premier tour. J’aurais parié ma main, la droite, celle pour brosser les dents.</p>
<p>Du coup je me suis mis à sourire, assez heureux je crois, de ne pas avoir parié, et d’être enfin surpris – j’aime les surprises. Le changement c’est maintenant ai-je pensé. Et puis j’ai attendu, écouté, sans ouvrir les volets, sans fermer les fenêtres, sans chercher à savoir d’où provenait le son, me demandant simplement combien de temps ce putch punk allait durer, et qui allait hurler, quand viendrait la police.</p>
<p>Le putch a bien duré, presque une demi-heure. Il y a eu <em>Funky Town</em>, <em>Marcia Baila</em>, <em>Tombé pour la France</em>, et puis <em>J’aime ma banane</em>, <em>Ma banane</em>, ou <em>Banane</em>, enfin le tube de Katerine, et puis plus rien du tout, à nouveau le silence, quelques voitures au loin, 2h12 du matin.</p>
<p>Autoroute vers l’enfer&#8230; Moi j’aimais bien AC/DC, Bon Scott, mort étouffé par son vomi, penser à dormir sur le ventre. J’ai éteint à nouveau la lumière.</p>
<p>Dans dix jours, ai-je pensé, j’irai revoter François Hollande, puis j’irai fêter sa victoire, nous sortirons de l’enfer, nous quitterons l’autoroute, nous danserons tous ensemble, Bastille ou République, <em>j’y crois donc je l’espère</em>, sous la pluie, un problème de réglé, je rentrerai chez moi, pas forcément confiant mais tellement soulagé, j’ouvrirai les volets, je mettrai la musique, le plus fort possible je vous jure, Yvette Horner, Mireille Mathieu, <em>Mille colombes,</em> <em>La Paloma</em>, <em>Une femme amoureuse</em>, ou tiens, allez, <em>La Marseillaise</em>.</p>
<p><em>ADDENDUM/ Pas bonnet blanc, pas blanc bonnet.</em></p>
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		<title>Va-nu-pieds</title>
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		<pubDate>Tue, 03 Apr 2012 23:46:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je me suis toujours dit qu’un jour j’écrirais quelque chose dont le titre serait “Va-nu-pieds”. Je trouve que c’est un très beau mot.
En écrivant cela, et ce n’était pas prévu, je repense à ce petit monologue de Gilbert, dans En Beauté, justement – <a href="http://www.diasteme.net/2012/04/04/va-nu-pieds/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/04/cate-blanchett-feet-2.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-3324" title="cate-blanchett-feet-2" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/04/cate-blanchett-feet-2-224x300.jpg" alt="" width="224" height="300" /></a>Je me suis toujours dit qu’un jour j’écrirais quelque chose dont le titre serait “Va-nu-pieds”. Je trouve que c’est un très beau mot.</p>
<p>En écrivant cela, et ce n’était pas prévu, je repense à ce petit monologue de Gilbert, dans <em>En Beauté</em>, justement – “En Beauté” est le nom de ce blog, aussi celui d’une de mes vieilles chansons, et le titre d’un autre de mes écrits (oui, j’ai décidé dorénavant de faire comme faisait Brautigan, d’appeler tous mes textes des <em>écrits</em>, et peu importe que cela soit du théâtre, du cinéma, de la poésie, un roman, une chronique, j’ai décidé de faire genre, de me la péter un peu). Dans l’<em>écrit</em> nommé <em>En Beauté</em>, donc, le personnage, intitulé Gilbert, vers la fin du texte avoue ça : <em>“Quand j’étais plus jeune, j’adorais les filles qui marchaient pieds nus dans la rue. J’avais une copine qui faisait ça, elle portait des turbans, des tuniques, et elle marchait toujours pieds nus. J’avais envie de lui sauter dessus tout le temps. Maintenant ça ne m’excite plus du tout. Je pense à la merde des pigeons, à la pisse des chiens, aux crachats des hommes, à toute cette crasse qui s’accumule sous ses pieds.”</em></p>
<p>On change. On change et en même temps on ne change pas.</p>
<p>Mon Richard a dit ça tout à l’heure, “<em>la saison des pieds nus”</em> il a dit, une expression jolie. Il parlait du soleil, des chaussures, des sandales, des chaussettes envolées, des collants disparus, des filles qui nous amenaient le printemps. J’ai regardé les pieds de cette jeune femme, sur mon canapé, ses chaussures les laissaient entrevoir. Il a fait très beau temps, à Paris, aujourd’hui.</p>
<p>Je repère beaucoup de choses chez les gens, des choses physiques entre autres, je ne le fais pas exprès, je ne me dis pas qu’il faut que je repère, que je note, que j’observe, mais je repère, je note, j’observe. Les pieds, les mains, les nuques, les nez, tâches de rousseur ou grains de beauté, je repère ça chez les gens, chez les filles notamment, mémoire photographique, celles que je connais bien, même celles que j’entrevois, les tatouages ou les brûlures, les cicatrices. Ensuite je n’oublie plus, je sais, je vois, même si je n’ai vu qu’une seule fois.</p>
<p>Il y a la théorie, et il y a la pratique. Une jolie main, un joli nez, une jolie nuque, un joli pied, dans l’absolu, et puis il y a la main, le nez, la nuque, le pied, de celle que vous aimez, que vous avez aimée, de celle que vous aimerez. Le rapport au corps. Très peu de personnes en parlent, finalement, ou seulement pour le cul, pour la baise, mais je ne parle pas de baiser, là, je parle d’être ému par un corps, je parle d’intimité, je parle d’un pied dans une sandale, d’une main sur le bras d’un fauteuil.</p>
<p>Il y a la théorie, disais-je. Je préfère les brunes ou les blondes, les nez ainsi, les cheveux là, je préfère les gros seins, les petits, je préfère les sexes épilés, ou nature, j’aime quand la femme est ronde, j’aime quand elle est menue, les petites ou les grandes, culs felliniens, culs androgynes, yeux bleus, yeux noirs, yeux verts, yeux jaunes, baobabs ou brindilles. Chacun fait comme il sent, comme il peut, comme il croit. Mais tombe-t-on amoureux d’une couleur de cheveux, d’une taille de soutien-gorge, d’une coupe de pubis ? En théorie sans doute.</p>
<p>Je pourrais, pour ma part, extrêmement facilement, vous définir un goût, un goût en théorie, en matière sexuelle, mais qui, dans la pratique, en matière amoureuse, s’est tant révélé faux. Car arrive toujours un moment, dans la vie, où un pied, une main, un sexe, une nuque, et bien évidemment une peau, un regard, une odeur, vous casse les pattes arrières, remet tout en question. Pas pour tirer un coup. Pas pour se faire sauter.</p>
<p>Mais je parlais sandales, mais je parlais printemps.</p>
<p>Submergé me voilà par une envie immense d’écrire des choses intimes, intimes et amoureuses, mais <em>malheureusement je ne peux,</em> comme disait le grand Georges. Et pas seulement parce que les gens que j’aime, qui m’aiment, me lisent, que mes parents me lisent, qu’un blog a ses limites, que je ne veux pas gêner.</p>
<p>C’était un pied, voilà, dans une chaussure.</p>
<p>Un pied nu.</p>
<p>Le printemps.</p>
<p><em>ADDENDUM/ La jolie personne blonde que j&#8217;ai mise en photo s&#8217;appelle Cate Blanchett. Je l&#8217;ai vue ce soir au Théâtre de la Ville dans la pièce de Botho Strauss intitulée “Big and small” – magnifiquement mise en scène par Benedict Andrews. Je pourrais faire très très long, je vais faire court. C&#8217;est une comédienne exceptionnelle. Exceptionnelle. Ce qu&#8217;elle fait sur scène dans cette pièce, pendant deux heures trente, est une leçon, une master class, une démonstration de talents, de sincérité, d&#8217;audace, de générosité, de drôlerie, d&#8217;invention, de profondeur, de technique. Il y a tout, tout et plus. La pièce se joue jusqu&#8217;à dimanche. Si par chance vous pouvez y aller, vous vous en souviendrez je pense, comme je m&#8217;en souviendrai je pense, jusqu&#8217;à la fin de votre vie.</em></p>
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		<title>Ménage</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Mar 2012 00:29:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J’ai eu un  étrange problème, tout à l’heure, avec mon ordinateur. Je ne sais pas ce qui s’est passé : tout est devenu tout noir, plus rien ne marchait, et puis soudain tout est revenu. Je me suis subitement rendu compte que cela faisait quelques <a href="http://www.diasteme.net/2012/03/18/menage/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/03/original_295380.png"><img class="alignright size-medium wp-image-3281" title="original_295380" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/03/original_295380-238x300.png" alt="" width="238" height="300" /></a>J’ai eu un  étrange problème, tout à l’heure, avec mon ordinateur. Je ne sais pas ce qui s’est passé : tout est devenu tout noir, plus rien ne marchait, et puis soudain tout est revenu. Je me suis subitement rendu compte que cela faisait quelques années que je n’avais rien rangé, que je ne sauvegardais plus, que je pouvais tout perdre. Très méthodiquement, alors, je me suis lancé dans un grand ménage de printemps.</p>
<p>Il y a un certain temps j’avais créé des cases sur une espèce de disque dur, procédé à une sorte de rangement. J’ai réouvert ce disque dur, et complété les cases. Théâtre, Livres, Scénarios, Divers, En cours / Projets Théâtre, Projets Livres, Projets Scénarios, Projets Divers, En cours. J’ai sauvegardé mes machins dans ces trucs, tout patiemment copié, espérant que ce disque dur ne me lâche pas, que l’appartement ne prenne pas feu, ou ne soit pas cambriolé, me disant qu’il faudrait peut-être, un jour, pour plus de sécurité, mettre ces copies sur un CD, ou bien sur DVD, les laisser à quelqu’un, ailleurs que chez moi, comme ce double de mes clés que j’ai fini, enfin, par ne plus laisser chez moi, donner à quelqu’un de cher.</p>
<p>Le travail accompli j’étais assez content, puis j’ai fait cette erreur – je suis allé ouvrir tous ces vieux documents, ces précédents dossiers, toutes ces choses très anciennes. Je me suis rendu compte, alors, qu’ouvrir un vieux document était comme regarder de vieilles photos. Il y avait la surprise de la redécouverte, et puis la nostalgie, le temps passé, parfois la honte, souvent l’oubli. Car, la plupart du temps, je ne me souvenais pas.</p>
<p>Je ne me souvenais pas avoir écrit, par exemple, un papier sur Salma Hayek pour “L’Événement du Jeudi”, le 8 février 1999, à 20h40, qui commençait ainsi :</p>
<p><em>“La première fois que j&#8217;ai vu Salma Hayek, elle ne portait pas de culotte. Du moins c&#8217;est ce que la rumeur prétendait dans les couloirs de cette villa cannoise où elle était venue se faire photographier pour un magazine dont le papier glacé commençait à fondre à vue d&#8217;oeil. La séance avait lieu dans la chambre que j&#8217;occupais, et je me découvris, cette après-midi là, un grand nombre d&#8217;amis, pressés de me trouver illico pour m&#8217;emprunter disons une gomme. La deuxième fois que j&#8217;ai vu Salma Hayek, elle m&#8217;a demandé de lui passer le sel. C&#8217;était un an plus tard et mon nom dans sa bouche, qu&#8217;elle tournait dans sa langue, sonnait vraiment des plus sexy; amphigourique, oui, mais sexy. Nous avons parlé anchoïade, je crois que j&#8217;ai eu une érection.”</em></p>
<p>Pour tout vous avouer, le papier m’a fait rire, et je me suis rappelé cette histoire, pour la première fois en treize ans. Je me suis rappelé de Salma Hayek, de cette soirée à Cannes, d’elle et de Valeria Golino – ça je ne raconterai pas, n’insistez pas, c’est non.</p>
<p>J’ai continué à ouvrir. Je suis tombé sur des choses étranges, vraiment. Des débuts de pièces, des débuts de romans. De scènes que j’avais écrites pour Damien, par exemple, pour une mise en scène qu’il faisait, un concours de Conservatoire je crois.</p>
<p><em>– Vous avez l’heure ?<br />
</em><em>– Oui.<br />
</em><em>– Vous pouvez me la donner ?<br />
</em><em>– Non. </em>(un temps)<em> Je ne vois pas pourquoi je vous donnerais quelque chose, on ne se connaît pas.<br />
</em><em>– Non mais je ne vous demande rien, juste l’heure.<br />
</em><em>– L’heure, ce n’est pas rien.<br />
</em><em>– Donnez-moi l’heure, enfin, ne soyez pas ridicule !<br />
</em><em>– Mais non… Non ! Je ne vous donnerai rien, je viens de vous le dire.<br />
</em><em>– OK. Alors vendez-la moi !<br />
</em><em>– L’heure ?<br />
</em><em>– Oui, l’heure ! 50 centimes, ça va ?<br />
</em><em>– </em>(un temps, puis)<em> Six heures et demi.<br />
</em><em>– Merci. </em>(il lui donne la pièce, sort)</p>
<p>La suite était à l&#8217;avenant, cela revenait en boucle, des gens qui demandaient l’heure, à d’autres gens, qui refusaient de la leur donner. Et j&#8217;avais oublié.</p>
<p>Je me suis dit, un moment, que mettre ces textes sur ce blog était une bonne idée, une bonne idée de sauvegarde. Puis mon instinct grégaire a repris le dessus : rien n’est jamais perdu, rien ne reste jamais dans un tiroir. “La Nuit du thermomètre” est restée quelques années dans un tiroir avant de devenir une pièce. Je n’ai pas eu à m’en plaindre. Et d’autres choses aussi.</p>
<p>“Il ne te resterait pas une pièce dans un tiroir ?” m’a-t-on ainsi demandé tout à l’heure. Pour dire la vérité il ne m’en reste qu’une, “Hammam”, que je monterai, si tout va bien, après “Joli Joli”, mais sinon non, rien, quelques débuts, quelques projets, rien de lisible. Et cela m’inquiète un peu.</p>
<p>Pour tout vous dire, j’adore avoir des choses en rab. Des scénarios, des romans, des chansons, des poèmes. C’est assez rassurant, se dire que le jour où l’on deviendra sec – qu’à Dieu ne plaise, comme disait ma grand-mère – on ne le sera pas tout à fait. C’est Aki Kaurismäki qui m’avait traumatisé avec ça, en m’expliquant sa théorie, et en me resservant de la vodka, oui – théorie qui disait qu’un “artiste” savait très bien quand il avait tout dit, quand il était sec, mais qu’il ne pouvait pas non plus s’allonger par terre et attendre la mort, donc qu’il continuait à faire, ou plutôt à refaire, la seule chose qu’il savait faire, et que ce n’était pas bien. J’étais tout jeune, et assez saoul – c’est bien plus tard que j’ai compris, que ce salopiot avait raison. Et c’est gravé en moi à jamais.</p>
<p>Je ne sais pas pourquoi je parle de ça, j’étais sur le ménage, j’étais sur le printemps.</p>
<p>Être en ménage, faire le ménage.</p>
<p>Faire le printemps.</p>
<p><em>ADDENDUM/ Non.</em></p>
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		<title>Joseph Kony</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Mar 2012 13:14:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jusqu’à ce matin six heures, je n’avais jamais entendu parler de Joseph Kony. Sans doute ces derniers mois ai-je été pris ailleurs, pourtant je lis bien les nouvelles, ce qui se passe dans le monde ne m’est pas étranger, du moins pas tout à <a href="http://www.diasteme.net/2012/03/08/joseph-kony/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/03/kony_2012_wallpapers_by_angelmaker666-d4s2s90.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-3268" title="kony_2012_wallpapers_by_angelmaker666-d4s2s90" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/03/kony_2012_wallpapers_by_angelmaker666-d4s2s90-300x187.jpg" alt="" width="300" height="187" /></a>Jusqu’à ce matin six heures, je n’avais jamais entendu parler de Joseph Kony. Sans doute ces derniers mois ai-je été pris ailleurs, pourtant je lis bien les nouvelles, ce qui se passe dans le monde ne m’est pas étranger, du moins pas tout à fait encore. C’est l’avantage de ne pas dormir, parfois cela sert à quelque chose.</p>
<p>Ce matin, à six heures, je suis allé voir Facebook, j’y vais souvent la nuit, comme un veilleur, s’informer des tracas, des bobos, des petites joies, des grands bonheurs. Les informations défilent, les micro-blagues, les jeux de mots, les images, on regarde ceux qu’on a aimés, ceux que l’on aime, ceux avec qui l’on est fâchés, ceux qu’on ne connaît pas du tout, mais qu’on a l’impression de connaître, à force de voir leurs noms défiler, ceux qui vous envoient des mots doux.</p>
<p>Tout s’y mélange, défile, pêle-mêle, la commémoration du premier anniversaire du soulèvement en Syrie, une paire de chaussures Louboutin, une photo d’Oscar Wilde, une vanne sur Nicolas Sarkozy, une vidéo de Bob Marley, <em>No woman no cry</em>.</p>
<p>La ville est endormie encore, le bruit d’une moto parfois, nul ne s’agite, ne vocifère, on clique alors sur le bouton, on écoute Bob Marley, on se rappelle l’amour immense que l’on portait à cette chanson, et l’amour ressurgit, intact. On baisse alors le son, pour ne pas déranger ses voisins, même si celle du dessous est morte, et qu’on a appris son décès en voyant un faire-part de deuil punaisé à côté de l’interphone. Comme dans <em>UNE SCÈNE</em>, oui.</p>
<p>C’est Cyrille, alias Vinvin, qui a publié ce lien : “<a href="http://vimeo.com/37119711">KONY 2012</a>” (vous pouvez cliquer dessus, le lien est activé). Il devait être six heures, lui non plus ne dormait pas. Je ne connais pas très bien Cyrille, nous ne nous sommes rencontrés qu’une fois, mais ce garçon m’est sympathique, et je le trouve vraiment doué, très drôle. Mais son lien ne semblait pas comique, et il y avait ce commentaire : “J’ai regardé ce film jusqu’à la dernière seconde. Désormais je connais le nom de ce boucher : Joseph Kony”.</p>
<p>Alors j’ai cliqué sur le lien, j’ai regardé ce film.</p>
<p>Il dure une demi-heure et c’est absolument remarquable. Magnifiquement fait, pensé, filmé, narré. L’homme qui a fait ce film, que l’on voit à l’image, et dont le nom n’apparaît pas (il s&#8217;appelle Jason Russell), est un homme qui force le respect. C’est un juste. Sa démarche est magnifique, elle devrait résonner en chacun – du moins est-ce ce que j’ai pensé, à six heures et demi du matin, ni vraiment endormi, ni vraiment réveillé, sans le moindre cynisme, sans envie de ricaner, d’aller chercher des poux à sa démarche, dans la forme ou le fond, comme feront sans doute certains.</p>
<p>Regardez ce film, voilà. C’est en anglais mais l’on comprend très bien. Cela dure une demi-heure.</p>
<p>Faîtes circuler.</p>
<p><em>ADDENDUM/ Je l’ai déjà écrit sur Facebook mais je me dois de le répéter ici – l’immense majorité de ceux qui consultent cette page ne sont pas mes amis sur Facebook. Alors merci à Andréa, à Julien, à Salomé, à Benjamin, à Jean-Philippe, à Stéphane, à Thomas, à Kéthévane, à Richard, à Quentin, à Magali, à Adeline, à Céline, à Anaïs, à Julien, à Sébastien, à Carine, à Florence et Marie-Céline&#8230; Et merci aux Motels, à Edith Piaf, à Beth Orton, Piers Faccini… UNE SCÈNE au CINÉ 13, ça c’est fait. Next : FILLE/MÈRE au CHÊNE NOIR. </em></p>
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		<title>Hallali</title>
		<link>http://www.diasteme.net/2012/02/24/hallali/</link>
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		<pubDate>Thu, 23 Feb 2012 23:22:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour que la viande soit abattue selon le rite musulman, l’animal ne doit pas être étourdi mais égorgé vivant, la tête tournée vers La Mecque. La viande est alors dite halal.
Dans le rite casher, le sacrificateur rituel dirige l&#8217;animal vers Jérusalem et procède <a href="http://www.diasteme.net/2012/02/24/hallali/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/BOVINES_120X160_DEF-11.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-3233" title="BOVINES_120X160_DEF (1)" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/BOVINES_120X160_DEF-11-225x300.jpg" alt="" width="225" height="300" /></a>Pour que la viande soit abattue selon le rite musulman, l’animal ne doit pas être étourdi mais égorgé vivant, la tête tournée vers La Mecque. La viande est alors dite halal.</p>
<p>Dans le rite casher, le sacrificateur rituel dirige l&#8217;animal vers Jérusalem et procède à l&#8217;égorgement puis à la fouille des poumons et des autres viscères ; une anomalie, aussi infime soit-elle, peut conduire à la disqualification de la carcasse à titre religieux, mais n&#8217;est pas pour autant consignée ou saisie par les services vétérinaires. Cette viande discréditée peut alors être introduite dans le parcours normal.</p>
<p>Ah, fuck.</p>
<p>Pour qu&#8217;un poulet soit abattu selon le rite bressois, il doit être plumé vivant par la femme ou la fille &#8211; même adultérine – d&#8217;un agriculteur franc-comtois, le bec tourné vers Louhans. On notera, d’ailleurs, que comtois s’écrit <em>comtois</em>, et non pas <em>contois</em> – mais c’est une région de barbares il est vrai.</p>
<p>Pour qu&#8217;une carotte soit épluchée selon le rite bouddhiste il faut lui parler au moins 45 minutes avant, histoire de bien lui expliquer que c&#8217;est la faute aux chinois.</p>
<p>Pour qu’un pot de Nutella soit ouvert selon le rite Dukan, il faut se mettre tout nu sur sa balance, tourné vers un miroir, puis répéter trois fois &laquo;&nbsp;Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m&#8217;as-tu abandonné?&nbsp;&raquo;, de préférence en araméen – <em>Eli, Eli, lama sabachthani</em>, pour qui ne parle pas araméen.</p>
<p>L’hallali est un cri de victoire, dans la chasse à courre, pour exprimer que la bête est aux abois. Valery Giscard d’Estaing, par exemple, était une brute en hallali. Frédéric Nihous aussi, mais maintenant il crie “Sarkozy ! Sarkozy !” – la bête est aux abois.</p>
<p>Nicolas Sarkozy bégaie quand il parle du Fouquet’s. Alors que François Bayrou ne bégaie plus, lui, jamais – mais mon père aime beaucoup François Bayrou, et j’aime beaucoup mon père.</p>
<p>Marine Le Pen participe à des bals avec des nazis en Autriche. Ce qui est inexcusable, intolérable, insupportable – et les gens qui voteront pour elle seront donc tous d’accord pour que l’on fréquente des nazis, n’y verront pas de souci, et j’espère que ces gens l’assumeront, quand ils se regarderont dans la glace, au matin du premier tour – même si elle a en partie raison sur la viande hallal. Sauf que la viande hallal dont elle parle ne représente que 2% de la viande consommée en Île-de-France – elle a donc à 98% tort.</p>
<p>Cela dit, je déteste l’idée que même à 2% mon entrecôte habituelle ait été forcée de regarder La Mecque avant d’être égorgée vivante. J’aime que mon entrecôte ait regardée là où elle veut avant de mourir, et j’aime qu’on l’ait étourdie avant – cela dit, ma nièce est végétarienne, et j’aime beaucoup ma nièce.</p>
<p>Les gens sont fous.</p>
<p>Sérieusement, il faudrait arrêter ces conneries, non ? Le foutage de gueule, le prenage de gens pour des cons… Le respect des religions, des rites, des barbarismes.</p>
<p>La politique. L’affrontement. Les commentaires. Les “journalistes politiques”, qui retranscrivent à longueur de journée le vide abyssal des discours, des petites phrases, du rien ambiant de cette campagne, et qui me font penser à ces “journalistes sportifs”, interviewant des footballeurs à la fin d’un match perdu, ou gagné, et qui savent très très bien quelles seront les réponses – puisque ce sont toujours les mêmes.</p>
<p>Du vide, du rien.</p>
<p>Dans un poème que j’ai écrit et qui s’appelle “L’oiseau porte l’arbre”, que vous lirez un jour j’espère, il y a cette espèce de quatrain :</p>
<p align="center"><em>ils sont allés à marrakech, à tanger, à rabat<br />
</em><em>à fez pour l’aïd el kebir<br />
</em><em>la ville entière sentait la tête de mouton mort<br />
</em><em>et leurs vêtements aussi</em></p>
<p>N’essayez pas avec le racisme. Toute ma famille vient d’Algérie, j’ai grandi à Colombes, je suis comme un arabe, un kabyle, un espingouin ET un rital, un <em>melting pot</em>, rien n’est français chez moi – sinon d’être né ici, sinon de m’appeler Patrick, sinon d’aimer cette langue, de connaître cette culture, sinon de la servir. Tout est français chez moi. Laïque.</p>
<p>Et voilà, c&#8217;est malin, je m&#8217;énerve.</p>
<p>Je ne respecte aucune religion, non.</p>
<p>Je les déteste vraiment toutes. Et pas une plus que l’autre.</p>
<p>Toutes.</p>
<p>Mais j’étais parti pour être drôle, et je finirai drôle.</p>
<p>Soyez gentils, riez.</p>
<p><em>ADDENDUM/ Lisez </em>Dieu surfe au Pays basque<em>, de mon ami Harold Cobert, voir <a href="http://livre.fnac.com/a4047960/Harold-Cobert-Dieu-surfe-au-Pays-basque">là</a>, sortie le 8 mars je crois. Je viens de le recevoir, je vais très vite le lire. Et un auteur qui cite Dostoïevski en exergue de son livre est un auteur dont je suis fier qu’il soit de mes amis. </em></p>
<p><em>PS/ Et oui, je verrai “Bovines ou la vraie vie des vaches”, oui. Absolument.</em></p>
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		<title>Anne Hathaway</title>
		<link>http://www.diasteme.net/2012/02/22/anne-hathaway/</link>
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		<pubDate>Wed, 22 Feb 2012 00:22:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je n’ai bizarrement jamais eu de grande passion pour les actrices, les actrices dans les films. Je n’ai jamais été groupie, fan, adorateur sans faille de telle ou telle d’entre elles. Je sais apprécier les meilleures, bien sûr, leur rendre grâce, respect, admiration quand <a href="http://www.diasteme.net/2012/02/22/anne-hathaway/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/Anne-Hathaway-38527.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-3197" title="Anne-Hathaway-38527" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/Anne-Hathaway-38527-300x187.jpg" alt="" width="300" height="187" /></a>Je n’ai bizarrement jamais eu de grande passion pour les actrices, les actrices dans les films. Je n’ai jamais été groupie, fan, adorateur sans faille de telle ou telle d’entre elles. Je sais apprécier les meilleures, bien sûr, leur rendre grâce, respect, admiration quand il le faut, mais leurs photos n’ornent pas mes murs, leur image mes fantasmes.</p>
<p>J’ai aimé Carole Laure, beaucoup, dans les films de Gilles Carle, ou <em>Préparez vos mouchoirs</em>, <em>Sweet Movie</em> – mais c’était essentiellement sexuel, oui, même si elle jouait bien. J’étais petit, je découvrais, j’en étais fou. Plus tard, aucune actrice française (ou francophone) ne m’a refait cet effet. J’en adore plein, évidemment, mais je n’irais pas voir un mauvais film pour la seule raison d’une d’entre elles.</p>
<p>Les actrices que j’adore, que j’admire, je travaille avec elles, ai travaillé avec elles, travaillerai avec elles, ce sont elles que je préfère dans ce pays. Les autres cela dépend des films, des rôles. Et je ne suis pas toujours très tendre. Si quelqu’un que j’aime me déçoit, tourne dans un film honteux, l’admiration fait volte-face, le désir demi-tour.</p>
<p>Côté autres pays, là encore, pas des masses. Quelques passions, parfois fugaces, parfois durables, pas pour les grandes vedettes en plus. Si je vous dis Elizabeth Shue, par exemple, cela ne vous dira peut-être rien. Pourtant, voyez <em>Leaving Las Vegas,</em> et vous aussi en tomberez amoureux. (Voyez <em>Leaving Las Vegas</em>, quoi qu’il en soit, un de mes dix films préférés au monde).</p>
<p>Sachant que je suis évidemment beaucoup plus tolérant pour les comédiennes étrangères. Je ne les vois pas, elles, à la télévision, je ne les vois pas dans tel ou tel journal, assister à tel ou tel défilé à la con, ni répondre à telle ou telle interview à la con.</p>
<p>De fait, des comédiennes comme Catherine Keener, par exemple, gardent mon admiration intacte. Une immense comédienne, googleisez-là donc. Ou Frances McDormand. Ou Maggie Gyllenhaal – un génie, elle. Ou cette australienne incroyable qui jouait dans le dernier Jane Campion, Abbie Cornish. Et plein d’autres, bien sûr, que j’oublie.</p>
<p>Et puis il y en a une, que j’ai découvert récemment. Une jeune, une belle – mais pas si belle que ça. Anne Hathaway elle s’appelle.</p>
<p>Comme tout le monde, je l’ai découverte dans un très mauvais film, <em>Le Diable s’habille en Prada</em>, puis je l’ai vue dans une espèce de téléfilm Miramax où elle jouait le rôle de Jane Austen – vieille passion que je traîne pour Jane Austen. Puis je l’ai vue animer les Oscars avec ce formidable Hugh Jackman, puis dans <em>Love and other drugs</em> – pas si mauvais film que ça, avec le frère de ma Maggie, en plus, Jake Gyllenhaal, et là je viens de la voir dans une soupasse : <em>Un Jour,</em> le film s’appelle.</p>
<p>Ce n’est pas très très bien, donc. Comédie romantique dramatique, <em>Quand Harry rencontre Sally</em>, mais qui finirait mal, l’histoire de deux amoureux qui se ratent, pendant des années, qui s’aiment mais qui se ratent.</p>
<p>Anne Hathaway est formidable, comme toujours. Son jeu est tellement fin, son regard lumineux, sa gestuelle précise. C’est une grande comédienne, qui doit avoir trente ans, devrait faire de grands films. D’après ce que j’ai lu, son prochain sera <em>Catwoman.</em> Donc ce n’est pas gagné. Pas encore Liv Ullmann.</p>
<p>Dans <em>Un Jour</em>, vers la fin, après qu’elle et son amoureux se soient ratés pendant tout le film (verbe pronominal, pas sûr que ça s’accorde), il y a une scène très belle. Ils sont enfin ensemble, enfin heureux, elle porte une nuisette, assise sur un machin, adossée à un mur, elle le regarde, puis elle lui dit : <em>“Je veux un enfant de l’homme que j’aime…”</em> Contrechamp sur lui, qui la fixe, interdit – la caméra revient sur elle : <em>“Mais s’il refuse, ajoute-t-elle, je le ferai avec toi.” </em></p>
<p>Et là, sur son visage, un sourire se dessine, toute la beauté du monde.</p>
<p>Lui, désarmé, qui la regarde, comprenant, anéanti de joie, fou d’amour.</p>
<p>Les femmes sont surprenantes, des fois, oui. Anne Hathaway est surprenante.</p>
<p>Pas sûr sûr d’aller voir <em>Catwoman </em>pour autant.</p>
<p>Mais presque.</p>
<p><em>ADDENDUM/ Cela va commencer à faire beaucoup, mais je n’y suis pour rien, ce sont d’heureux hasards. Mais le jeudi 1<sup>er</sup> mars, au théâtre Montmartre-Galabru, il y aura la première d’une nouvelle version de </em>107 ans<em>, que j’irai évidemment découvrir, avec curiosité, tendresse et émotion. Toutes les informations <a href="https://www.facebook.com/events/304394579610585/">là</a>.</em></p>
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		<title>De l&#8217;estomac</title>
		<link>http://www.diasteme.net/2012/02/19/de-lestomac/</link>
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		<pubDate>Sun, 19 Feb 2012 22:51:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[“Je suis sûr que tu as le plus bel intestin grêle qu’il puisse être donné de voir”. J’ai écrit ça, c’est dans Une Scène. C’est ma nouvelle “phrase préférée que j’ai écrite” au monde. Elle est passée devant “Sexuellement, se faire masturber au petit <a href="http://www.diasteme.net/2012/02/19/de-lestomac/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/large.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-3160" title="large" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/large-190x300.jpg" alt="" width="190" height="300" /></a>“Je suis sûr que tu as le plus bel intestin grêle qu’il puisse être donné de voir”</em>. J’ai écrit ça, c’est dans <em>Une Scène</em>. C’est ma nouvelle “phrase préférée que j’ai écrite” au monde. Elle est passée devant <em>“Sexuellement, se faire masturber au petit matin dans une Renault ayant appartenu à un pendu n’était pas des plus épanouissants”</em> – in <em>Les Papas et les mamans</em> (présente dans la version d’Hervé et Samuel aux Déchargeurs), qui a tenu la corde longtemps, jusqu’à <em>“Il faut courir, il faut hurler, il ne faut pas se laisser faire”</em> de <em>107 ans</em>, ou <em>“Être deux, c’est être la moitié d’un, alors qu’être un, c’est être personne&#8230;”</em> de <em>La Tour de Pise.</em></p>
<p>C’est très bizarre, ces histoires de phrases. On en écrit pourtant des tonnes, de phrases, on les aligne, on les enchaîne, on les ressasse, les réécoute, on les peaufine, et au final, souvent, on n’en retient qu’une, et jamais la même que les autres – quand la pièce, ou le roman, ou le film, sont achevés.</p>
<p>Ces derniers jours, par exemple, j’ai réentendu <em>La Tour de Pise</em>, et <em>Les Papas et les mamans</em>, que je n’avais pas réentendus, ni relus, depuis vraiment longtemps. Eh bien je me souvenais de tout. Gabrielle et Hervé jouaient, très bien, à trois cent kilomètres d’intervalle, quelques jours de distance, et leur texte me revenait – et même pour <em>Les Papas</em>, que j’ai écrit il y a quinze ans, que je n’ai jamais mis en scène. Même si je l&#8217;ai travaillé, quelque semaines, avec mon Marchalou, dix ans déjà mon grand.</p>
<p>Mais je sens que ce billet part en vrille, personne ne va rien y comprendre. Et d’autres phrases d’<em>Une Scène </em>me reviennent, en plus, m&#8217;en veulent, concourent.</p>
<p>Intestin grêle, je disais, relié à l’estomac.</p>
<p>Et là je pense à mon Bébert, Bertrand Combe, le plus grand Skouratov, des <em>Justes,</em> qu’il n’y a jamais eu – et je ne suis pas objectif, non, mais Camus, j&#8217;en suis sûr, eut été trop fier en le voyant.</p>
<p>J’ai fait à mon Bébert le plus beau compliment que je n’ai jamais fait à un acteur – et pourtant j’ai été gâté. J’ai travaillé – et je travaille, je travaillerai – avec de vraiment très très grands acteurs, des comédiennes inouïes, je pourrais les citer toutes et tous, et je peux être vraiment très dur, je ne suis pas très gentil dans le travail.</p>
<p>Dans <em>Les Justes</em>, Skouratov n’a qu’une scène, un acte, vingt minutes, un duel, entre lui et Yanek. Un soir où Bertrand me demandait un retour de metteur en scène sur sa prestation, mes <em>notes</em> – ce devait être la onzième ou douzième représentation au Chêne Noir – je crois lui avoir répondu : “Ben, c’est-à-dire, j’en sais rien, dès que tu entres en scène je vais fumer”, ou “Je vais pisser”&#8230; Pour être tout à fait sincère je ne sais plus très bien ce que j&#8217;ai dit – je crains que ce ne soit la seconde solution, plus drôle, mais je n’en suis pas très fier. Ce n’était qu’à moitié vrai, évidemment, mais ma confiance en lui était telle que je pouvais me permettre de souffler, me reposer un peu.</p>
<p>Je crois qu&#8217;il a compris.</p>
<p>Une histoire de confiance, oui, de confiance absolue – sachant que tout, dans la vie, est affaire de confiance.</p>
<p>Mais l’estomac, je disais, l’estomac.</p>
<p>Ce qui vous reste sur l’estomac, et ce qu’il en advient – pas seulement les ulcères.</p>
<p>C’est une drôle d’expression, non ? “Rester sur l’estomac”, “Avoir sur l’estomac”, “Garder sur l’estomac”. J’ai entendu cette expression tout à l’heure.</p>
<p>Le nombre de choses que mon estomac doit “garder”, “avoir sur”, me semble tout à coup abyssal. Mais c’est un mauvais sujet, je crois. Bon titre, mauvais sujet.</p>
<p>On ne peut jamais dire ce qu’on a “vraiment” sur l’estomac, c’est trop intime, trop dégoûtant, on garde ça caché en soi, bien dans son ventre, et puis plus tard, sans qu’on y pense, cela ressort, et cette espèce de boule vous nourrit, vous inspire, vous transcende.</p>
<p>Je me souviens avoir souvent répété, dans des interviews, que “le seul organe que je visais était le cœur”.</p>
<p>Mais la flèche partait de l’estomac.</p>
<p>Je vais m’arrêter là pour ce soir, allez.</p>
<p>Et j’aurai dit du bien de mon Bertrand.</p>
<p>Alors je suis heureux.</p>
<p><em>ADDENDUM/ J’ai reparlé des </em>Justes<em>, avant-hier, avec une journaliste vraiment très sympathique. Cela m’a fait bizarre, je n’avais pas reparlé des </em>Justes <em>depuis tellement longtemps. Je n’y pensais presque plus, mais il a suffi qu’elle m’en parle pour que tout resurgisse. Je n’ai pas </em>Les Justes<em> sur l’estomac, non,</em> Les Justes<em> sont dans mon cœur. Camus est dans mon cœur. Je vous raconterai un jour. Ma mère, Alger, tout ça.</em></p>
<p><em>PS/ Je n’ai pas encore lu le livre (voir photo) mais j’aime beaucoup Michel Onfray, même s’il peut lui arriver, comme à chacun, de dire quelques conneries – comme celle qu’avait relevée Charlotte, concernant la pièce de Castellucci au Rond-Point. J&#8217;adore cette couverture, je lirai ce livre.</em></p>
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		<title>Premier baiser</title>
		<link>http://www.diasteme.net/2012/02/17/premier-baiser/</link>
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		<pubDate>Fri, 17 Feb 2012 00:07:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J’en ai parlé tout à l’heure à Julien, après que cet andouille m’a serré la main pour me dire au revoir, le genre de choses qui lui le fait rire.
Julien, que j’ai connu adolescent, et maintenant que je mets en scène, dont je <a href="http://www.diasteme.net/2012/02/17/premier-baiser/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/mulholland-drive-2001-01-g.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-3146" title="mulholland-drive-2001-01-g" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/mulholland-drive-2001-01-g-300x202.jpg" alt="" width="300" height="202" /></a>J’en ai parlé tout à l’heure à Julien, après que cet andouille m’a serré la main pour me dire au revoir, le genre de choses qui lui le fait rire.</p>
<p>Julien, que j’ai connu adolescent, et maintenant que je mets en scène, dont je suis tellement fier, à qui je n’avais jamais serré la main.</p>
<p>Je lui ai brièvement dit ça, tandis que ses amis l’attendaient, qu’il avait très peu de temps, je lui ai dit qu’un jour j’écrirai un long texte sur ce thème du baiser ou du serrage de main, je lui ai dit que ce serait un texte qui parlerait football, et donc qui lui plairait.</p>
<p><em>Bien… Alors ! Que me vaut le plaisir de cette visite ? J’adore cette réplique, je peux la répéter ? – Mais faîtes donc ! – Bien… Alors ! Qu’ai-je donc à dire sur ce sujet ?</em></p>
<p>Quand j’étais tout petit, on se serrait la main. C’était les années soixante-dix, la banlieue. Même avec ses meilleurs amis on se serrait la main – je parle entre garçons, nous embrassions les filles. J’ai serré la main de mes amis jusqu’à tard au collège, les années quatre-vingt. Personne ne s’embrassait, cela ne se faisait pas. Les garçons se serraient la main, ou se pseudo-checkaient, comme nous le faisions avec ma bande, mais nous n’embrassions pas.</p>
<p>Un jour, et je me souviens exactement du lieu, c’était au bar-tabac de la gare de Bois-Colombes, je ne sais pas ce qui m’a pris mais, tandis que ma bande se séparait, je crois les avoir embrassés tous pour leur dire au revoir, avoir lancé cette mode. Il y avait là Marco, Eric, le Drab, Alex, Mathieu. J’ai instauré ce geste, tellement naturellement, qui ne surprît personne – nous nous sommes embrassés pour nous dire au revoir, au lieu de se checker, de se serrer la main, nous nous fîmes des bisous.</p>
<p>Cet événement fit date. Le lendemain matin, sans seconde d’embarras, nous nous sommes embrassés, devant l’école, devant tout le monde, et la mode fut lancée. Nul ne s’embrassait à l’époque, à l’école, à part nous. Et cela a perduré, dans les autres écoles, les universités, et l’époque avançait, les garçons s’embrassaient – se faisaient la bise disons.</p>
<p>Depuis j’embrasse très facilement – contrairement à Julien, qui aime serrer la main et qui aime vouvoyer. Je ne sais pas pourquoi, quand une personne me plaît, et quel que soit son sexe, naturellement je lui fais la bise, même si je la connais très peu. J’essaie de me contenir, j’essaie de vouvoyer, serrer la main – mais quand je continue de serrer la main d’une personne que je commence à bien connaître, c’est que je n’aime pas beaucoup cette personne – et via ce blog, au moins, elle le saura.</p>
<p>Par contre, vouvoyer, ça j’aime bien.</p>
<p>Il y a cinq ou six jours j’ai rencontré une comédienne, assez jeune, très brillante, avec qui je discutais, très agréablement, tout en la vouvoyant – alors que j’étais son ainé de presque vingt années. À un moment de la discussion, elle m’a demandé si cela m’embêtait que nous nous tutoyâmes. Je lui dis non, évidemment, et nous nous tutoyâmes, Mais j’aimais bien la vouvoyer.</p>
<p>Le football – sans transition – c’est différent, et pourtant la même chose, et à la même période.</p>
<p>J’ai grandi en face du stade de Colombes – le stade Yves du Manoir, oui ; j’ai supporté le Racing, j’y ai joué d’ailleurs. Je ne marquais pas beaucoup mais je me souviens très bien – on ne se sautait pas dessus, à l’époque, on ne se partouzait pas sur la pelouse, on ne se claquait pas des bisous sur la crâne, sur le front, sur la joue, quand l’un des nôtres marquait un but. On se tapait dans la main, ou on se tapait dans le dos. Regardez les images, vous serez sidérés. Les célébrations de but, aujourd’hui et hier. Et même en Coupe du Monde, même les buts importants.</p>
<p>Jusqu’à la fin des années quatre-vingt les footballeurs ne s’embrassaient pas, au risque d’être traités de pédés. Aujourd’hui ils s’embrassent, oui, se partouzent, se frottent les fesses, les cheveux, les jambes, mais détestent qu’on les traite de pédés. Même s’ils le sont. Milieu homophobe s’il en est : le football. Homophobe et homosexuel à la fois, milieu mal dans sa peau, hypocrite et menteur, assez peu ragoutant, milieu qui fait de la peine.</p>
<p>Je pensais naïvement que les mentalités, au moins dans ce domaine, pourraient évoluer à l’aune de ces bisous, de ces partouzes publiques que l’on nous sert dorénavant à la moindre ouverture du score, au moindre but raccroc. Mais il n’en fut que dalle. Et nul n’y fait son coming-out, sans peine d’être lynché. Mentalité ignoble.</p>
<p>Ai dit très récemment – hier soir, pour être juste, à Valentine et Alex, qu’il faudrait que je parle de ce député du nord, Christian Vanneste, et de ses propos, de gros con, condamnés au mauvais endroit.</p>
<p>Mais je n’ai plus très envie. Et un gros con en moins, quel qu’il soit, homophobe, c’est toujours ça de gagné.</p>
<p>Sans doute y reviendrai-je, ce cas est intéressant. Mais là il se fait tard, et je suis déjà long. Bavard.</p>
<p>Je vous embrasse, camarades.</p>
<p><em>ADDENDUM/ Venez finir le mois avec nous et UNE SCÈNE. On est heureux, cela se passe bien, critiques démentes, public ravi. C’est beau une pièce qui se passe bien, c’est tellement rare. Nous la rejouerons plus tard, ailleurs, nous aurons des dates de tournée, mais nous sommes encore là, heureux, au Ciné 13 jusqu’au 3 mars. Venez. Buvons des coups. Faisons-nous des bisous. Soyons cons comme des bites.</em></p>
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		<title>Rue des petits hôtels</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Feb 2012 03:09:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diasteme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J’ai appris tout à l’heure que l’affreuse publicité bleue pour une marque de parfum ‑ Chanel je crois ‑ avec Gaspar Ulliel et des parois qui tombent, avait été réalisée par Martin Scorsese. J’ai appris également que des gens comme Cédric Klapish ou Jacques <a href="http://www.diasteme.net/2012/02/11/rue-des-petits-hotels/" class="read_more">(...)</a]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/arrdt_10.gif"><img class="alignright size-medium wp-image-3125" title="arrdt_10" src="http://www.diasteme.net/wp-content/uploads/2012/02/arrdt_10-300x242.gif" alt="" width="300" height="242" /></a>J’ai appris tout à l’heure que l’affreuse publicité bleue pour une marque de parfum ‑ Chanel je crois ‑ avec Gaspar Ulliel et des parois qui tombent, avait été réalisée par Martin Scorsese. J’ai appris également que des gens comme Cédric Klapish ou Jacques Audiard en réalisaient plein, des publicités, et des assez pourries d’ailleurs.</p>
<p>J’adore ce monde.</p>
<p>Mais je suis arrivé fatigué à ce dîner, aussi, préoccupé, avec un nœud dans le ventre. Période très riche, et compliquée.</p>
<p>Nous nous sommes racontés plein d’histoires, ce soir, des très bonnes, des choses évidemment inracontables, mettant en scène des gens vraiment médiocres, dégueulasses, très connus, dans le milieu de l’édition notamment, que je ne peux malheureusement pas raconter. Pourtant ce serait tellement plaisant, enfin écrire vraiment les choses – même si ce n’est pas du tout poli, incorrect, dégueulasse. Balancer les salauds, les merdeux, les horribles. Je ne balance pas, mais je les connais, j’ai les noms, les histoires. Les miennes et celles de quelques autres.</p>
<p>Un jour, peut-être, se défouler, écrire vraiment la vérité…</p>
<p>À un moment, une de mes meilleures amies a dit une phrase qui m’a troublé : <em>“Et ce n’est pas une question de morale, elle a dit. On s’en fout de la morale !”</em> C’était une drôle de phrase, que j’ai prononcée déjà, tellement souvent. Pourquoi n’étais-je pas d’accord avec elle, ce soir, pourquoi n’étais-je pas d’accord avec moi ? Ce soir, vraiment, je pensais :<em>“Si, c’est une question de morale…”</em> – et là m’est venue en tête la couverture de <em>Libé</em> avec le visage de Nicolas Sarkozy, et ce titre<em>, “Le Réac”</em>, un sentiment tellement “réac”…</p>
<p>Mais j’en ai beaucoup des histoires… Tous les jours en ce moment, je ferais quatre feuillets sur chacune si je pouvais, des bonnes histoires, et simplement pour balancer, oui, pour dire comment les choses se passent, dans ces milieux bien sûr, mais dans la vie aussi… Les saloperies, les enculeries, les bêtes et les méchants autour, les connards, les teubés, les aveugles ou les sourds.</p>
<p>Mais évidemment non.</p>
<p>Je me suis soudain senti si vieux, si vous saviez…</p>
<p>Trop pas jeune, trop pas dingue, trop pas ouf. Trop pas le mec qu’en a rien à foutre.</p>
<p>La morale, oui. Ma morale.</p>
<p>Je me souviens qu’il y a quelques années, un critique m’avait traité de “moraliste”, je l’avais vraiment mal pris – pourtant sa critique était bonne. Et en fait il avait raison. J’ai un avis sur la morale, oui. J’en ai une. Et plus les années passent, et plus cela m’importe. Plus je me rends compte que la vie est très brève, et que la seule chose qui compte est la trace que l’on laisse, et l’amour que l’on donne. Pas dans l’art, non, pas seulement, dans la vie, être la meilleure personne possible, ne pas refaire les mêmes conneries, se regarder le matin dans la glace, ne pas vouloir être président, mais la meilleure personne possible, ne pas se raser, non, juste essayer d’être quelqu’un de bien.</p>
<p>Chimères, allez. Chimères.</p>
<p>Ou pas.</p>
<p>J’ai repris mon scooter, je suis rentré chez moi. Embrasser mes amis.</p>
<p>Quelque peu chamboulé.</p>
<p>Rue des petits hôtels, je me suis arrêté à un feu pour allumer une cigarette.</p>
<p>Là j’ai vu deux personnes, sur une bouche d’aération, dans la rue, qui dormaient.</p>
<p>La température à Paris, rue des petits hôtels, était de moins huit degrés.</p>
<p>Je suis rentré chez moi, en scooter, j’avais froid, mais bizarrement je m’en foutais.</p>
<p>J’ai composé le 115.</p>
<p><em>“Bonjour, ai-je entendu. Compte tenu du nombre d’appels importants, toutes nos lignes sont occupées. Merci de bien vouloir renouveler votre appel ultérieurement.”</em></p>
<p>J’ai raccroché.</p>
<p>Bon.</p>
<p>Je rappellerai ulérieurement, me suis-je dit.</p>
<p><em>ADDENDUM/ Il est trois heures de matin, et cela fait trois heures que j’essaie de joindre le 115, que je tombe sur le même message… Je&#8230; ne sais pas&#8230; Peut-être que deux personnes sont en train de mourir de froid sur une bouche d&#8217;aération, place Franz Liszt, rue des petits hôtels, peut-être que non, j&#8217;espère que non – mais je sais dorénavant que le 115 c’est de la merde, c’est tout faux, tout abject. Je ne sais pas si François Hollande et les siens feront mieux, mais je voterai pour lui. À tous les tours, de tout mon cœur. Moi qui ne vote mais tellement pas.</em></p>
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