Deux chaises

juilletaout_120_BDC’est l’histoire de ma vie, en fait, une histoire de cul. De cul entre deux chaises.

Tout petit, déjà, je n’arrivais pas à choisir, Bergman ou les Monty Python ? C’était un vrai débat au Ciné-Club de Courbevoie, La Lanterne, où j’essuyais vers 12/13 ans mes fonds de culotte cinéphilique. J’aimais vraiment follement Bergman, j’adorais les Monty Python. Et, évidemment, dans ces années-là, Woody Allen était mon idole, lui seul capable du grand écart avec une grâce stylistique folle.

Un grand écart, deux chaises.

Et ces deux chaises m’ont poursuivi, je n’ai jamais réussi à m’asseoir. D’abord dans la presse, puis en littérature, puis en théâtre. Trop public pour le privé, trop privé pour le public. Albin-Michel ou L’Olivier. L’Autre Journal ou 20 ANS. J’ai fait les deux, écrit partout, mais les ayatollahs de deux camps me regardaient bizarrement : je n’étais pas vraiment de leur monde, de leur chaise.

Aujourd’hui c’est le cinéma. J’ai donc réalisé trois films, trois films qui n’ont donc rien à voir, que j’aime autant. Le Bruit des gens autour, Un Français, Juillet Août (qui sortira le 13 juillet). Juillet Août est une comédie, un film doux, le contraire absolu d’Un Français.

Quand j’étais metteur en scène de théâtre rien ne me faisait autant plaisir qu’entendre une salle qui rit, sinon qu’entendre une salle qui pleure. J’ai eu la chance d’entendre les deux. Et c’est très difficile de faire rire, autant que de faire pleurer. Peut-être plus difficile.

Les premiers retours sur mon film arrivent et, avec eux, évidemment, la surprise : comment le même auteur et réalisateur a pu faire trois films aussi différents ? Ce grand écart ? Les journalistes cinéma n’allant que très peu au théâtre, ils ne savent pas que c’est ce que j’ai fait, pendant dix ans, avec mes pièces. Alterner les comédies et les drames, sans même me poser la question. Je ne vois pas la différence, je raconte des histoires, c’est mon métier, et j’essaie de le faire de mon mieux. Ce n’est même pas une posture, comprenez-moi, un geste : genre je ne fais jamais deux fois la même chose, être où l’on ne m’attend pas, etc. Ce qui serait tout à fait ridicule.

Le film est là, il est fini, j’en suis très fier. Je suis parti sur autre chose. Des projets qui n’ont rien à voir, mais qui m’excitent follement. Dans d’autres genres, d’autres styles, mais sur lesquels, je l’espère, on reconnaitra ma patte. Car c’est la seule chose qui m’importe, finalement, que moi je me reconnaisse, être honnête. Peu de commentateurs, sans doute, le comprendront, mais je me reconnais autant dans Un Français que dans Juillet Août. Et j’espère que les gens qui s’intéressent à mon travail me reconnaîtront aussi. C’est sans doute pour cela qu’on écrit, qu’on met en scène, qu’on filme.

Je me souviens d’une phrase que m’avait dit Aki Kaurismaki, autre de mes idoles, que j’ai eu le plaisir de souvent rencontrer. Il m’avait dit : « Tu sais, les artistes savent quand ils n’ont plus rien à dire, quand ils ont tout dit, mais que veux-tu qu’ils fassent ? Ils ne vont pas s’asseoir sur une chaise et attendre la mort… »

Je ne veux pas m’asseoir sur une chaise, en fait.

Je suis très bien debout.

ADDENDUM/

https://www.facebook.com/JuilletAout.lefilm/?pnref=story

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19563046&cfilm=238745.html

 


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3 commentaires

  1. Erin dit :

    J’ai pris une baffe, une très grosse baffe, en regardant Un français du genre de celle que je prends dans la figure depuis 25 ans en voyant des films en VO sous-titres venus de pays lointains…Je ne m’y attendais pas, à dire vrai je ne m’y attendais plus…étonnée j’ai pris la vague ça fait du bien c’est rafraîchissant. Alors pourquoi choisir? Il n’y a qu’ici, dans ce petit hexagone que l’on doive toujours tout ranger dans des petits tiroirs et surtout ne pas mélanger les contenus.
    Ce qui est dommageable ce n’est pas seulement la critique, mais la restriction de la diffusion des oeuvres. Merci.

  2. Anne O nym dit :

    J’aurais aimé voir Un Français, mais j’ai pas pris le temps (c’est le temps qui m’a prise de court, jamais le temps de voir un long) et juillet-août, promis juré j’irai parce que j’aime bien les acteurs et ça me plait assez ce que vous dites des chaises, et pis que l’été y a moins de rdv, donc plus de temps….
    Et ce qui est bien avec le cinéma, c’est que ça laisse une trace. Alors peut-être que je verrai Un Français sur un tout petit écran et pas dans des conditions idéales, mais je pourrai le voir, et je trouve ça bien.

  3. Maria-Eugenia dit :

    J’ai toujours eu du mal à choisir, Bergman ou Sautet, Desplechin ou Pasolini, histoires métaphysiques, ou bien quotidien, intimité, juste le temps qui passe. Merci pour ce joli film qui m’a fait beaucoup de bien en ce qu’il montre que la vie l’emporte toujours et qu’il est possible d’être heureux quels que soient les évènements. Merci également pour la Bande originale.
    Mon commentaire est un brin mièvre mais j’assume

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