CHAOS CALME (5)

068738Ces deux dernières années, je suis allé présenter Un Français dans une dizaine d’autres pays, des riches, des pauvres, du nord, du sud. Après chaque projection, pendant deux ou trois heures, en plus de cinéma, je parlais évidemment de l’extrême-droite en France, du Front National, de la famille Le Pen, et les habitants de ce pays – les spectateurs, me racontaient ce qu’ils vivaient eux, avec leur propre extrême-droite, leurs propres racistes, leurs propres homophobes, et cette même violence. Je me souviens de cette spectatrice d’origine brésilienne, au Portugal, les larmes aux yeux, racontant son histoire d’agression, à cause de son origine, devant une salle bouleversée et honteuse, ou ce spectateur canadien d’origine marocaine ayant été victime d’une des premières ratonnades de l’histoire du Canada, par les Soldats d’Odin. Partout des histoires horribles d’une extrême-droite qui monte, en Finlande, en Allemagne, en Turquie, en Albanie, partout les gens qui saluaient le fait qu’un pays comme la France puisse produire un film comme le nôtre, qui dénonce et combat cette haine ordinaire, cette violence.

Tous ces gens que j’ai rencontrés, et qui m’ont émus, je sais que ce weekend ils auront les yeux braqués sur la France, avec cette angoisse folle que ce pays des Droits de l’Homme, que nous représentons encore, plus que jamais, tombe du côté sombre de la force. Vu d’ici ce sont des histoires de débat, de calcul politique pour les législatives, d’abstention d’intellectuels, de “peste ou de choléra” ; vu d’ailleurs, où l’on sait ce qu’est la peste – et le choléra, où l’on connaît la différence entre la démocratie et le totalitarisme, c’est évidemment autre chose.

J’ai commencé à écrire Un Français au lendemain de la mort de Clément Méric, cela fera quatre ans dans un mois, et je savais très bien, en décidant de faire ce film, que ce serait un voyage sans retour, que je ne pourrais plus revenir en arrière, je savais les insultes, les menaces, les lâchetés, la violence, et je n’ai pas été déçu, pourtant, pas une seule seconde en quatre ans je n’ai regretté d’avoir fait ce choix. Faire ce film a fait de moi une autre personne, et c’est sans doute, de tout ce que j’ai réalisé ou écrit, ce dont je suis le plus fier. Cela fait quatre ans que je vis le nez dans l’extrême-droite, et je crois maintenant bien la connaître. Je n’ai aucune certitude dans la vie, sinon celle-ci : il faut combattre l’extrême-droite. Toujours. Quoi qu’il en coûte. Par tous les moyens nécessaires.


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